Ou générations X, Z, Millenials et autres digital natives ! Les clichés vont bon train mais à quel point est-il pertinent de nommer (voire d’étiqueter) ces générations ? Àgée de 23 ans, parfois je suis Y, parfois je suis Z. Il paraît que je suis narcissique, paresseuse, capricieuse… Aujourd’hui, les articles de presse utilisent les termes de génération X, Y ou Z à foison et ne prennent même plus la peine de les définir. Pourtant selon les auteurs, bien que les définitions soient proches, la littérature n’est jamais complètement d’accord sur les dates qui délimitent une même génération et ses caractéristiques. Prenons l’exemple de la génération Y sur laquelle de nombreux auteurs ont publié, la génération Z étant encore trop jeune pour avoir du recul. Il est communément admis que la génération Y, en comparaison à ses aînés de la génération X, est moins cynique, plus optimiste et idéaliste ce qui amène à un choc générationnel au travail. Elle est aussi plus connectée et à l’aise avec la technologie : elle est la première génération dont la consommation Internet dépasse la consommation de la télévision (Barnikel 2005).

me me meCependant, lorsqu’il s’agit de déterminer les limites en terme d’âge de cette génération, les chercheurs ne tiennent pas tous les mêmes conclusions. Pour certains, la génération Y est née entre 1977-1988 (Chowdhury et Coulter 2006; Lescohier 2006). A trois ans près, Littmann (2009) délimite la génération Y à une naissance entre 1977-1985. Mais pour Keller et Kotler (2009), la génération Y est née entre 1978-1994. Il y a donc près de dix années de plus pour faire partie ou non de la génération Y, ce chiffre n’est pas sans importance. En dix ans, les évolutions technologiques, les changements géo-politiques, la mondialisation peuvent influencer les membres d’une même génération. Plus la délimitation est grande, moins elle semble être correcte : une personne A de 35 ans et une personne B de 22 ans en 2017, dans la génération Y de Kotler et Keller, n’ont sans doute pas connu la même familiarité avec le téléphone portable et les réseaux sociaux par exemple. Un autre exemple anachronique, Tyler (2007) définit la génération Y comme la première génération à utiliser les e-mails, les messages instantanés et les téléphones portables depuis leur enfance. Or, l’enfance des membres les plus âgées de la génération Y serait autour des années 1975-1985, or la démocratisation des téléphones portables a eu lieu à la fin des années 1990.

Il n’y a donc pas de réelle définition de la génération Y, si souvent décrite dans la littérature. Kotler et Keller (2006) apportent une définition largement reprise dans le milieu du marketing : une génération est un groupe influencé par l’époque dans laquelle elle grandit. Cette époque étant 4 caractérisée par ses influences dans le domaine culturel (musique, cinéma, etc.), politique et autres événements majeurs. A partir de leurs travaux reconnus en marketing, les chercheurs ont admis une classification des générations. Le sociologue Mannheim (1926), a lui aussi remis en cause l’âge comme unique déterminant pour définir une génération. Il parle plutôt de « cristallisations générationnelles ». Ce concept suppose qu’une série d’événements ont impacté la prise de conscience et donc les comportements d’un groupe défini.

On ne peut définir une génération mais des groupes dans une même génération, des groupes définis aussi par leurs cercles familiaux et personnels. Des jeunes du même âge, mais de milieux sociaux différents, dans des villes de France différentes, ne vivront sans doute pas de la même façon un même événement, comme le terrorisme pour un Parisien et un Martiniquais par exemple. Il est donc important de prendre en compte des éléments personnels complexes et des événements favorisant une cristallisation générationnelle pour décrire non pas une génération mais les groupes qui composent une génération. On parle tant de diversité, pourquoi ne pas parler de jeunesses au pluriel ? Et aujourd’hui, les articles sur la génération Y ne mentionnent que les jeunes qui ont fait suffisamment d’études pour effectivement avoir la possibilité de choisir son travail, d’être confiant et « entreprenant » (l’une des rares qualités citées par les médias), etc.

Bref on ne le répètera jamais assez, qu’il s’agisse de religion, de couleur, de sexe et ici d’âge : pas d’amalgame ! Et s’il vous vient encore l’envie de montrer du doigt la génération Y (et la Z), rappelez-vous qui l’a chouchouté !

 

Cet article est extrait de mon mémoire de fin d’études « Le réseau social au service de l’éducation : Facebook comme plateforme de e-learning et lieu de rencontres entre apprenants et professeurs ».

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