Le problème actuel n’est ni de créer, ni de transmettre ni de stocker l’information, mais bien de faire de l’information une connaissance. Les médias sont des traducteurs, les technologies sont une façon de traduire une certaine forme de connaissance en une autre forme, plus ergonomique à l’apprentissage. E-learning, MOOC, vidéo… Internet a permis la prolifération de nouvelles formes de communication, que l’on utilise ici à des fins éducatives.

La consommation de la communication

Une action de communication se décrit en répondant aux questions : qui dit quoi, par quel canal, à qui, avec quel effet (Laswell 1948 cité par Winkin dans Anthropologie de la communication). En d’autres termes l’émetteur envoie un message à un destinataire, la communication définit aussi la façon dont ce message est transmis et quel effet celui-ci, par sa forme et son fond, a sur le destinataire. Le fond appartient à la pédagogie, la forme peut être influencée par la gamification et de manière générale par le marketing. Si l’élève n’est pas un client à proprement parler, aujourd’hui, face aux nombreuses distractions amenées par Internet comme sur un marché, il est important d’attirer son attention et lui offrir un service qu’il juge utile à son développement personnel et professionnel. Comment donc attirer son attention ? En repartant des fondamentaux de la communication, Chétovine (2005) expliquait que les consommateurs sont tentés par de belles images, de belles histoires qui crée du rêve. Les « belles histoires » de Chétovine sont communément nommées par le terme de storytelling, que l’on retrouve dans la gamification. L’étonnement est le rapport entre l’attendu, ce qui nous est normal, et l’inattendu, ce qui surprend. Et ce qui surprend déclenche une émotion qui permet de retenir l’information.

Le domaine de la communication semble souligner une faille de l’apprentissage traditionnel en France : la mémoire des élèves et étudiants n’est pas suffisamment stimulée par manque d’émotion en classe. D’ailleurs, Chétovine avait aussi précisé que c’est le consommateur qui est lui-même demandeur de stimuli d’attention. Il s’agirait même d’être à la recherche non pas d’une information, mais de l’émotion que provoque cette information. Si le consommateur n’a pas d’émotion, il ne consomme pas et s’éloigne du produit, du service. D’où le surnom de « zappeur » et l’idée que le consommateur est infidèle aux marques. Ainsi, tel un consommateur sur un marché de connaissances, l’élève ou étudiant se désintéresse de l’école et de la formation en générale parce qu’il ne ressent pas d’émotion lorsqu’il consomme. Il faut exciter l’attention du consommateur, il faut exciter l’attention de l’élève.

Utiliser le marketing pour fidéliser l’élève

Dans le domaine du marketing, après le recrutement, vient la fidélisation client. Ici, le processus d’apprentissage doit donc donner envie à l’élève d’apprendre et de revenir. Partant de la cible des 13-20 ans en France, qui est connectée, les réseaux sociaux présentent des atouts majeurs pour recruter et fidéliser les élèves. L’éducation doit s’adapter aux nouveaux modes de communication des jeunes qui participent davantage, créent et partagent du contenu. Les réseaux sociaux ont profondément changé la manière communiquer et d’apprendre. Il se trouve qu’un étudiant passe autant (voire plus) de temps à apprendre de manière informelle en ligne avec son réseau qu’à apprendre dans le cadre classique de la classe avec ses professeurs (Fogg Phillips, Baird, and Fogg, 2011). La recherche a démontré que les réseaux sociaux, par la création d’interaction, de collaboration, de participation active, par le partage d’information et de ressources sont un réel support à la formation (Ajjan & Hartshorne, 2008 ; Mason, 2006 ; Selwyn 2007). Selon McLoughlin et Lee (2007), ce sont les étudiants eux-mêmes qui sont demandeurs de plus d’autonomie, d’interaction et d’expériences sociales dans l’apprentissage.

Les réseaux sociaux sont un véritable lieu de rendez-vous pour les jeunes qui y sont présents en masse. 97% des moins de 25 ans sont inscrits sur 3,6 réseaux sociaux différents en moyenne, selon l’institut Harris Interactive en 2015. Précisons que 87% des 15-24 ans accèdent à leurs réseaux sociaux via un smartphone.

De plus, ils permettraient aux élèves et étudiants davantage de contacts intergénérationnels et au-delà des frontières culturels selon leur origine sociale, pour s’ouvrir à d’autres centres d’intérêts et courants de pensée. Les réseaux sociaux sont une réelle solution pour atteindre et toucher les jeunes réticents aux techniques d’apprentissage traditionnelles (Bosch, 2009).

Dans un second temps, ils permettent de relayer du contenu et surtout du contenu ludique (articles, photos, vidéos en direct, 360°, jeux sous forme d’applications) sur lequel les jeunes expriment un avis, ils réagissent avec des « likes » et autres partages. Engager les élèves et étudiants par les réseaux sociaux permettra de lutter contre la passivité en classe. L’éducation française est délivrée de manière moins pro-active que dans les établissements anglo-saxons qui utilisent davantage les débats et exposés oraux. Les jeunes, par leurs interactions avec les marques, sont déjà des consomm’acteurs au quotidien. Les établissements scolaires ne peuvent pas rester des lieux de consommation de la formation par voie passive. Avec la créativité des différents médias qu’offrent les réseaux sociaux, de nouveaux usages sont entrés en œuvre. La communication par les images et les photos ont pris un essor incroyable. Lorsque Chétovine parle de l’intérêt des belles images, elles prennent aujourd’hui tout leur sens et sont une véritable valeur ajoutée pour raconter une belle histoire, de manière ludique. C’est pour cette raison que si 78% des 13-19 ans sont inscrits sur Facebook, la progression du nombre de jeunes inscrits ne cesse de ralentir depuis 2013 (+85% en 2013 et +78% en 2015), tandis qu’Instagram, bien plus visuel, compte moins d’abonnés mais a un potentiel de croissance plus importants auprès des jeunes (+7% en 2014 pour une première année, +14% en deuxième année). L’essor de la vidéo est aussi notable : 94% des 13-19 ans regardent des vidéos sur Internet selon l’étude Ipsos « Junior Connect ». Concernant les jeux en ligne, 69% jouent à des jeux en ligne, 60% jouent via des applications mobiles. Les 13-19 ans sont donc clairement à l’aise avec les réseaux sociaux et leur contenu visuel, un contenu qui offre une expérience différente comparée aux autres moyens de communication traditionnels (livres, radios, télévision). Cette nouvelle expérience crée le flow qui plonge les jeunes à passer du temps sans compter sur ces réseaux sociaux. Un élément important qui favorise l’apprentissage, et un apprentissage ici ludique via les réseaux sociaux.

Mais parce que l’apprentissage vient aussi de l’autre, d’un échange, les réseaux sociaux offrent aussi la possibilité de dialoguer, d’échanger par messageries instantanées et autres vidéo-conférences. Les 13-19 ans représentent 61% des utilisateurs fréquents de ces messageries avec une préférence pour Facebook Messenger (à 42%), devant Skype, Snapchat et Whatsapp. Les réseaux sociaux englobent tout ce qui est aujourd’hui attirant en termes de technologie de l’information et de la communication. Cela repose en grande partie sur la capacité des grandes sociétés derrière ces réseaux, à financer le développement continue de nouvelles applications pour séduire ses utilisateurs. Le plus grand innovateur parmi les réseaux sociaux : Facebook…

 

Cet article est extrait de mon mémoire de fin d’études « Le réseau social au service de l’éducation : Facebook comme plateforme de e-learning et lieu de rencontres entre apprenants et professeurs ».

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