« Regarde-le… Lui, il a vraiment réussi ! La classe, un entrepreneur à succès ! Et sa femme à côté… Une poupée, regarde-là ! Elle fait quoi dans la vie ?

– Elle est devenue sa directrice de communication.

-Devenue ?

-Elle était journaliste, elle l’avait interviewé après sa troisième levée de fonds à deux millions d’euros.

-Ah oui ! Il a de quoi séduire ! Il en a de la chance…

-Plus ou moins.

-Comment ça ?

-Il a débuté comme tout le monde. Et à l’époque, il n’avait pas tout ça. Il était un simple étudiant en école de commerce, il voulait juste être diplômé, voyager et faire de l’argent. En soi, rien de bien original pour un étudiant de grande école. Et puis, il a rencontré cette fille, qui est devenu sa petite amie. Tu sais, on croise toujours quelqu’un qui change notre chemin, pour lui c’était elle. C’est elle qui lui a ouvert les yeux : au fond, il voulait devenir entrepreneur. Et elle l’a soutenu à ses débuts, malgré ses propres appréhensions.

-Ah ouais ? C’était qui cette fille ?

-Une fille là un peu par défaut. Elle l’a aidé à développer ses premières idées. Un regard critique car bienveillant, elle était loin d’être la pompom girl fan de son homme dans tous les cas. Non, elle n’a jamais eu peur de lui dire stop, ce n’est pas ça, c’est idiot ! Quitte à le froisser dans son égo ! Lui qui a toujours été persuadé d’être fait pour l’entrepreneuriat, un vrai leader, déterminé, stratège. Il a alors créé sa première société, un premier échec, puis la seconde.

A ses côtés, elle cherchait tant bien que mal sa place, deux vies totalement opposées. Lui, entrepreneur, se disait libre de penser et d’agir. Il se sentait plus malin que les salariés, même cadres, qui travaillent pour une misère comparée aux millions qu’il voulait faire. Il n’avait de compte à rendre à personne, choisissait ce qu’il voulait faire et quand le faire, n’obéissait à rien d’autre que ses nouvelles ambitions.

Elle était fière de le voir heureux dans ses activités, mais loin d’elle. Elle, était une employée modèle, toute aussi déterminée et ambitieuse mais une employée. Alors elle rentrait tard le soir, se reposait et sortait un peu le weekend, se prenait des vacances bien méritées, mais seule. Lui rentrait encore plus tard le soir, lorsqu’elle dormait, et partait avant qu’elle ne se lève. Le weekend, il allait souvent au bureau, ou faisait l’effort de rester à ses côtés mais au fond ne pensait qu’à répondre à ses mails et faire son business plan. Il n’avait plus que son entreprise dans sa vie, dans tête. Elle admirait la personne qu’il était devenu pour ses actions, mais n’avait plus le temps d’aimer la personne qu’elle avait rencontré. Il était devenu son entreprise, ne parlait que d’elle, ne pensait qu’à elle, sa rie rythmée par la croissance et le nombre d’utilisateurs. Il n’était plus qu’un chef d’entreprise. Ses objectifs brisaient tous les rêves qu’ils avaient crée. Par faute de temps, elle ne faisait plus du tout partie de sa vie. Elle voulait bouger, lui avançait avec son boulet couvert de paillettes. L’entreprise grandissait.

Alors elle a fini par lui laisser ce qui la seule chose qui le rendait heureux : sa liberté d’entrepreneur.

-Mais c’est triste… C’est vrai cette histoire ? Et puis, Comment tu sais ça toi ? Qu’est-ce qu’elle est devenue la fille ?

-…

-Sara ?

-Ça, c’est une autre histoire. »